Autour des volcans

Après ma chute et quelques jours de repos à la casa del ciclista de Tumbaco, je reprends mon voyage et sur  les conseils des cyclo-voyageurs rencontrés, je décide d’aller visiter le parc du Cotopaxi puis la réserve du Chimborazo.

Je recommence par une étape tranquille en partant tardivement, je sens que la reprise est difficile après ces quelques jours de repos forcé. Je m’arrête pour la nuit chez les pompiers de Sangolquí où j’assiste à un manège assez surprenant puisque de nombreuses personnes viennent chercher de l’eau chez les pompiers. Ils m’expliquent qu’un glissement de terrain a cassé une canalisation près du Cotopaxi, ce qui prive d’eau les villes environnantes. Les pompiers se chargent donc d’acheminer de l’eau, de la stocker et de la distribuer aux habitants.

Pompiers de Sangolquí distribuant de l'eau
Pompiers de Sangolquí distribuant de l’eau

Cotopaxi, la star des volcans

Je prends l’ancienne route qui mène au Cotopaxi pour rentrer par le poste de contrôle Nord mais la route est remplie de pavés et j’ai beaucoup de mal à avancer, les pentes sont également par moment très prononcées. Moi qui pensais naïvement pouvoir rejoindre le parc et le traverser dans la même journée, je me suis bien trompé ! J’arrive à peine en milieu d’après-midi et il est déjà trop tard pour rentrer dans le parc.

Les Équatoriens, et notamment à Quito, sont très fiers du Cotopaxi et il y a de quoi ! Le volcan Cotopaxi a une magnifique forme conique. Malheureusement, depuis juillet 2105, le volcan est à nouveau entré en activité, cela n’était pas arrivé depuis plus de 150 ans ! Depuis cette date, l’ascension du sommet est interdite et le parc subit évidemment une baisse de fréquentation. Le campement à l’intérieur du parc est maintenant interdit, sauf à l’hôtel de Tambopaxi. Je campe donc à l’entrée du Cotopaxi, c’est mon premier vrai bivouac. C’est l’occasion pour moi d’utiliser pour la première fois mon réchaud multi-combustible. Malgré quelques difficultés à l’allumer (mon briquet ne marchait pas) et à le régler, j’arrive tant bien que mal à cuire mes premières pâtes. A 3600 mètres d’altitude, je connais ma première nuit « douce » (4°C dans la tente). Le lendemain matin le gardien, pas très loquace, m’offre finalement un petit pain et un café pour me réchauffer avant d’entrer dans  le parc.

Malgré les restrictions (bivouac, ascension du volcan) dans le Parc, la région vaut le coup d’être visitée et il y a de nombreuses activités pour les touristes : ascensions d’autres sommets aux alentours, comme le Rumiñahui à 4700 mètres d’altitude, ballades à cheval, pêche de truites à quelques kilomètres du parc. Je n’avais pas de canne mais j’avoue que l’idée de pêcher une truite à 3500 mètres et de la cuisiner le soir au réchaud m’avait emballé (à condition d’avoir un briquet qui marche).

La traversée du Parc du Cotopaxi me redonne le moral car je me sens enfin mieux. La journée de la veille m’avait fait douter mais avec le recul, je me rends compte que le chemin était aussi très difficile. J’ai surtout l’occasion d’apercevoir le volcan qui joue à cache-cache avec les nuages. Je prends mon temps pour le traverser et ressens faiblement les effets de l’altitude sur mon physique, je n’ai pas mal à la tête mais je manque de temps en temps de souffle à l’approche des 4000 mètres.

Cotopaxi
Cotopaxi

Traversée du Parc National Cotopaxi à vélo from Anthony on Vimeo.

L’imposant Chimborazo

Depuis la sortie du parc du Cotopaxi, j’emprunte la Panaméricaine en Équateur et elle n’a rien à voir avec la route prise en Colombie. Il s’agit là d’une autoroute de deux fois trois voies et même quatre voies par moment. Certes, j’avance à vive allure jusqu’à Ambato mais elle est ennuyeuse, avec une circulation assez importante et des paysages monotones. Finalement, j’arrive rapidement à Ambato où je pensais dormir chez les pompiers mais, au hasard d’une façade, je découvre « Bike house », l’atelier de Léo qui fait également casa de cyclistes et où séjourne déjà un Polonais ! Quelle chance, le soir même, je me proposerai de faire des crêpes pour rassasier tout le monde. Même si la rencontre a été de courte durée et le campement sommaire, l’accueil par Léo et sa famille est chaleureux. Il nous raconte comment tout a commencé et les histoires de quelques cyclo-voyageurs passés par-là. Avant de repartir, Léo m’aide à changer mes plaquettes de frein avant et on remarque tout de suite que c’est un excellent mécanicien. A Ambato, j’enlève aussi mes derniers pansements et j’ai cicatrisé rapidement dans le dos. Il me restera à enlever les points de suture sur la tête à Riobamba.

Casa des ciclista à Ambato
Casa des ciclista à Ambato

Léo me conseille également de prendre l’ancienne route Flores pour aller jusqu’au Chimborazo. En effet, elle est plus tranquille, plus courte et probablement plus jolie que la route principale. Cela s’avère un très bon conseil puisque c’est une journée riche en rencontres : un Suisse résident en Équateur m’accompagne pour quelques kilomètres à vélo, un habitant de Llangahua m’invite à discuter un moment, il m’explique comment les gens vivent dans la vallée, qu’ils cultivent les carottes et ça m’explique pourquoi j’ai vu des personnes « nettoyer » des carottes dans un fossé avec les pieds. On se prend mutuellement en photo (il galère quand même peu avec mon appareil) et il me dit partager la photo sur Facebook alors qu’on est dans un minuscule village au milieu de nulle part. Il s’avère que je ne le trouverai jamais sur Facebook… Pour mon repas du midi je ne trouverai rien de mieux qu’une boutique au village de Cunuyaco vendant du pain et quelques biscuits. Tant pis pour le déjeuner, je prends tout de même une longue pause en rigolant avec les enfants qui jouent dans le village de Cunuyaco d’où j’entrevois pour la première fois le sommet du Chimborazo. Le jeu est assez particulier, il s’agit de mettre des pièces dans une bassine d’eau et c’est celui qui réussira à les attraper en mettant la tête dans l’eau qui gagne.

Enfants qui jouent au village de Cunuyaco
Enfants qui jouent au village de Cunuyaco

La réserve du Chimborazo est une zone de reproduction des vigognes alors il y en a partout et elles n’ont pas trop peur de l’homme puisqu’il est interdit de les chasser. C’est un vrai plaisir de contempler les vignognes en liberté, depuis le temps que j’attends ça ! Je rêvais d’aller en Amérique du Sud pour capturer ces images de grands espaces et d’animaux en liberté.

Vigognes au pied du Chimborazo
Vigognes au pied du Chimborazo

 

Le sommet « le plus haut du monde » (Source : Wikipédia)

Le Chimborazo peut être défini comme le plus haut sommet du monde, en le considérant comme le sommet le plus éloigné du centre de la Terre. En effet, la terre a une forme d’ellipsoïde, dont le rayon est environ 21 km plus important à l’équateur qu’aux pôles, et le Chimborazo est proche de cet équateur, plus que les sommets de l’Himalaya. Le sommet du Chimborazo est donc aussi le point de la surface de la Terre dont la distance minimale au Soleil au cours d’une année est la plus petite. Selon les mesures effectuées par une mission franco-équatorienne de l’Institut de recherche pour le développement, le sommet du Chimborazo se trouve à 6 384,416 kilomètres du centre de la Terre (l’Everest en est distant de 6 382,605 kilomètres)

La littérature c’est bien gentille mais pour une explication plus imagée, je vous invite à regarder la vidéo de David, un cyclo-voyageur rencontré un peu plus loin en Equateur :

 

A force de prendre mon temps pour observer les animaux et sympathiser avec les gens, le soleil se couche et le froid arrive soudainement. Je passe le col à 4200 mètres d’altitude qui marque mon point d’arrivée. Alors que j’arrive au minuscule village près du col à la nuit tombée, l’hôtel dont m’avait parlé Léo est fermé ! Si j’ai bien supporté l’altitude en ne forçant pas dans cette dernière montée relativement douce, je commence en revanche à être sérieusement frigorifié. Je cherche alors d’urgence une famille pour m’héberger pour la nuit. Après quelques habitations, je finis par en trouver une qui accepte de m’héberger. Pour le repas du soir, ils me préparent le fameux cuy dont le goût de l’addition sera amer le lendemain matin…

Pour arriver jusqu’au refuge de Carrel à 4850 mètres d’altitude, il ne me reste plus que 700 mètres de dénivelé et une vingtaine de kilomètres ce qui est relativement peu mais je me méfie de l’altitude car je m’attends à en baver un peu. Au cours des 8 kilomètres de piste, en pente douce, l’effet de l’altitude se fait sentir, j’ai besoin de m’arrêter plus souvent mais globalement ça va. J’ai un peu plus de mal avec la température et les rafales de vent glacial, il fait généralement 7°C mais lorsque le soleil apparaît à travers les nuages, il fait tout de suite plus chaud. J’arrive tôt au refuge et cela me laisse le temps de me reposer, de profiter de la vue sur le sommet et d’observer les vignognes aux alentours du refuge.

Vigogne à côté du refuge du Carrel au pied du Chimborazo
Vigogne à côté du refuge du Carrel au pied du Chimborazo

Je passe la nuit au refuge pour prendre le temps de m’acclimater un peu plus à l’altitude et d’admirer le sommet dégagé. La plupart des gens qui dorment au refuge le font pour réaliser l’ascension du sommet. Si l’ascension n’est pas compliquée techniquement, elle est en revanche très physique car il s’agit de monter 1500 mètres de dénivelé en une nuit (environ 7 heures de montée). Je sympathise avec trois Américains qui projettent de monter au sommet avec leurs skis sur le dos pour en redescendre à ski. Pour se simplifier la tâche, ils ont déposé dans la journée leurs skis à 5500 mètres dans la journée. Malheureusement pour eux, tout ne se passera pas comme prévu puisque le père de l’un des deux jeunes est victime du mal d’altitude et ne ne sent pas bien. Quant aux deux autres qui font l’ascension avec le guide, l’un d’eux sera deviendra momentanément aveugle au cours de l’ascension et verra très flou jusqu’à la redescente. Un seul sera donc en mesure de dévaler les pentes du Chimborazo à ski… D’autres groupes au refuge sont également sujets au mal aïgu des montagnes. En effet, les groupes viennent en voiture ou en bus depuis Riobamba et leur organisme n’a souvent pas le temps de s’acclimater.

Avant de redescendre jusqu’à Riobamba, je vais quand même admirer le sommet du Chimborazo enniegé une dernière fois et la laguna Condor Cocha un peu plus haut que le refuge.

Laguna Condor Cocha à 5100 mètres d'altitude
Laguna Condor Cocha à 5100 mètres d’altitude

 

4 thoughts on “Autour des volcans

  1. Salut l’ami !
    J’ai bien rigolé à la blague du gars qui t’a fait croire qu’il avait un compte facebook. Et toi jeune occidental tu es tombé dans le panneau 🙂
    Tu as fait des supers photos; malgré les conditions pas faciles faciles.
    Et tu ne parles pas de Lama !! Ils ont quand même plus la classe que les Vigogne. D’ailleurs mon chef il s’appelle Elio Vicuña !!!
    En tout cas, tu as l’air de t’être bien remis, ça fait plaisir !
    Bon courage pour la suite !
    Tcho !

    1. Salut Greg,
      Le mec m’a dit qu’il avait Facebook et m’a donné un papier avec son nom mais je l’ai pas trouvé… C’était peut-être une blague pourtant il aurait été content d’avoir sa photo non ?
      En parlant de photos, elles sont effectivement de plus en plus belles. Celles à venir du Pérou vont te donner envie d’y aller pour tes prochaines vacances ! Je prends aussi de plus en plus de gens en photo alors que je n’étais pas à l’aise au début.
      La dernière fois sur Facebook, tu m’as dit que je mettais trop de photos de lamas, il faudrait savoir :). Je suis d’accord avec toi, ils sont plus stylés que les vigognes qui font chétives.
      C’est vrai que j’ai quelques articles de retard mais tu vas voir que mon moral est à l’image de montagnes, il monte et descend… J’ai préparé les autres articles mais je galère pour mettre les photos ! J’ai même changé d’opérateur mobile pour le faire en 3G, le problème c’est que si la qualité est meilleure, la couverture est beaucoup moins bonne. Du coup, j’ai 3 Go de data mais je ne capte jamais 🙁

    1. Salut Andrew,
      Si ce tronçon d’autoroute ressemble assez à nos autoroutes, la circulation est quand même beaucoup moins dense et les véhicules roulent moins vite. Les bus s’arrêtent sur la bande d’arrêt d’urgence pour prendre des clients. Je pense donc que j’ai le droit de rouler sur cette route. Concernant les péages, oui, j’en ai eu un. Une voie est réservée aux deux roues qui n’ont pas besoin de payer.

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