¡Gringo!

Arrivé au Nord du Pérou, je n’avais encore rien de défini, seulement quelques vagues idées. Le Pérou est un pays immense et je savais que je ne pourrai pas tout faire à vélo. Magré tout, j’avais envie de faire une partie du Nord à vélo pour en avoir au moins un aperçu. Et en effet, je n’ai pas été déçu !

Un zeste d’Asie

Depuis Loja, j’avais contacté Miguel qui tient un magasin de vélo et qui héberge les cyclistes. J’avais l’intention de prendre le bus jusqu’à Jaen mais il m’avait conseillé de faire la route de San Ignacio à Jaen à vélo plutôt qu’en bus. Effectivement, la route est relativement plate et surtout les paysages avec de nombreuses rizières sont magnifiques. De plus, je retrouve le soleil au Pérou comme me l’avaient annoncé Anthony et Alix, le couple de cyclo-voyageurs croisé en Équateur. Il fait chaud mais pas trop et en roulant à 20km/h, je sèche mon tee-shirt en même temps que je transpire. Je ne m’attendais pas à voir des rizières en Amérique du Sud et cela m’a tout de suite fait penser aux paysages que j’aurai l’occasion de voir d’ici quelques mois.

Rizières entre San Ignacio et Jaen
Rizières entre San Ignacio et Jaen

Arrivé à Jaen, une chose me frappe, le nombre de « tuk-tuk » circulant dans la ville. Les moto-taxis ont remplacé les voitures et ça klaxonne à tout va. Jaen n’est pas une ville immense mais à l’image des autres villes que j’ai traversées, les piétons ne sont pas prioritaires et j’ai toujours du mal à m’habituer au fait qu’il n’y ait pas de feu de signalisation pour les piétons. Et pour en rajouter un peu plus au côté asiatique, les « Chifa« , restaurants asiatiques, pullulent dans la ville.

Jaen est surtout pour moi l’occasion de préparer le début de mon itinéraire au Pérou, de prendre une carte SIM péruvienne, de faire réparer ma lampe frontale cassée depuis ma première nuit en bivouac dans la désert de la Tatacoa près d’un mois et demi auparavant et de faire un peu d’entretien sur mon vélo. D’ailleurs, je m’aperçois que j’ai un rayon cassé et en le changeant, je constate que mon deuxième pneu est également déchiré après 3000 kilomètres. Juan, le père de Miguel me propose de le recoudre car la bande de roulement est encore en super état. Par précaution, j’achèterai un pneu de rechange, au cas où…

Juan, le père de Miguel qui recoud mon pneu
Juan, le père de Miguel qui recoud mon pneu

Miguel me conseille de prendre la route allant en direction de Chachapoyas car cela me permettra de visiter la cascade de Gocta et de passer par l’une des plus belles routes du Pérou selon le message d’un cyclo-voyageur laissé dans son livre d’or. Je décide de suivre son conseil et d’aller jusqu’à Cajamarca d’où j’envisage de prendre un bus jusqu’à Huaraz.

Miguel et moi devant la boutique de vélo
Miguel et moi devant la boutique de vélo

Le pouvoir du Gringo

Lorsque je passe la frontière, je me demande toujours ce qu’il y a de différent avec le pays voisin. Au Pérou, je découvre rapidement que j’hérite d’un nouveau surnom : « Gringo » qui signifie le « Blanc » mais c’est plutôt pour les Américains normalement, il me semble. Le long de la route, je suis presque tout le temps salué par les habitants et parfois même invité à manger de la pastèque, le top quand on pédale par 30°C.  Les plus intéressés sont évidemment les enfants qui ont parfois une certaine fascination pour le « Gringo » et avec eux  je semble pouvoir arrêter le temps, je m’explique: le plus drôle a été de passer devant des enfants qui jouent au foot. En me voyant, ils arrêtent instantanément et se mettent à crier « Gringo » et pendant ce temps-là, le ballon roule toujours. Si au début, ça m’agaçait, j’ai rapidement appris à jouer de ça, comme par exemple, lorsqu’une petite fille m’appelle et que je tourne la tête de l’autre côté, elle se met à crier de plus en plus fort… En même temps, les gens ne connaissent pas mon nom même si en Équateur, j’avais plus l’habitude d’être appelé « Mister« .

Au Pérou je décide également de monter en régime, je me sens bien et il me reste encore beaucoup de kilomètres à parcourir. Cette portion de Jaen à Cajamarca est un excellent test, il y a de tout : des portions relativement plates et des portions en pente et en altitude. Il est clair que je ne vais pas pouvoir pédaler vraiment plus vite, par contre pour faire un peu plus de kilomètres, je m’arrange pour démarrer la journée un peu plus tôt, raccourcir les pauses qui ne sont pas indispensables et surtout faire quelques kilomètres de plus après un village en fin de journée et camper si je le peux.

Paysans labourant une rizière entre Jaen et Pedro Ruiz
Paysans labourant une rizière entre Jaen et Pedro Ruiz

A Cocachimba, je profite de laisser mon vélo pour la journée et d’aller randonner pour voir la fameuse cascade de Gocta. Selon l’office de tourisme, c’est la 3ème cascade la plus grande du monde alors ça sera dommage de passer à côté sans aller la voir. Il faut quand même préciser que la cascade se compose de deux chutes d’eau successives mais elle semble toutefois homologuée. En soi, le débit d’eau est relativement faible mais la cascade est tout de même impressionnante et notamment par le souffle ressenti en bas de la deuxième chute, la plus importante. Certains s’y baignent mais à plus de 2000 mètres d’altitude, je fais un peu mon difficile. En fin de journée, je campe à côté du terrain de foot du village et en bonus, il y a des sanitaires publics qui permettent de prendre une douche froide pour peu qu’on ne soit pas trop exigeant sur l’hygiène.

Cascade de Gocta
Cascade de Gocta

Si la route jusqu’à Cocachimba est intéressante mais pas extraordinaire non plus, à partir de Leymebamba démarre la fameuse route dont on dit tant de bien. C’est une petite route de montagne, qui est relativement étroite et qui serpente dans  les montagnes. Pour ne pas changer, le temps n’est pas avec moi dans cette montée et brouillard et pluie se mêlent. Malgré tout, après chaque montée, il y a une descente et là pour le coup, c’est la plus longue descente que je n’ai jamais faite. Plus de 2500 mètres de dénivelé sur une cinquantaine de kilomètres. Une fois passé le brouillard et le froid du col, je savoure la vue sur les vallées et les montagnes environnantes. Le cycliste ne s’était pas trompé, la route est magnifique. Cependant, depuis mes chutes à vélo, je me suis bien calmé dans les descentes, d’autant plus que je roule avec un pneu recousu et que la route est très sinueuse. Je sens que j’ai perdu confiance en moi et un peu en mon vélo aussi, je me surprend même à utiliser les freins…

Vallée après le col de Calla Calla en descendant vers Balsas
Vallée après le col de Calla Calla en descendant vers Balsas

Arrivé au bout de la descente, la circulation est coupée pour la construction du nouveau pont du village de Checanto. Les voitures doivent attendre 18h pour circuler à nouveau mais à vélo, j’ai l’option de traverser par un chemin dans les plantations. En tout cas, ça explique le faible trafic. Cet itinéraire emprunte une jolie route et c’est aussi pour moi une révélation quant à la tranquillité avec une faible circulation.

Route entre Leymebamba et Celendin
Route entre Leymebamba et Celendin

À partir de là, ma manière de voyager va commencer à changer. En effet, les paysages ou les opportunités de bivouaquer sont beaucoup plus présentes au Pérou et, surtout, prendre une route avec peu de circulation a été pour moi un vrai bonheur. Pour la suite du voyage, j’envisage donc de prendre plus de route ou chemin avec peu de trafic.

Les Péruviens, plus que les Équatoriens et surtout encore plus que les Colombiens, ont la fâcheuse habitude de klaxonner sans cesse : pour doubler, pour me saluer, pour prévenir dans un virage, pour signaler qu’il reste de la place (dans le cas des taxis), pour saluer une jeune femme, pour me dire que je roule au milieu de la voie (mais je sais déjà), etc… Bref, j’en peux plus !

A Celendin, je dors chez les pompiers et Erika m’aide pour préparer le transport en bus depuis Cajamarca. Devant le nombre de compagnies de bus disponibles, c’est un véritable gain de temps pour moi. Elle a du y passer du temps car à mon retour de dîner, elle a toutes les informations : les horaires, les prix, l’adresse où il faut acheter le billet, l’adresse où il faut prendre le bus, le numéro de téléphone du correspondant de la compagnie. Cela m’arrange vraiment car cette dernière étape est assez longue et j’ai toutes les informations pour prendre le bus dans la soirée. Malgré tant d’organisation, un bruit retentit dans la montée une heure après Celendin. Je comprends tout de suite que ma chambre à air a éclaté et la réparation du pneu n’aura durée guère plus longtemps que pour le précédent. Et pour enfoncer le clou, je créverai successivement l’arrière et l’avant à Cajamarca…

 

6 thoughts on “¡Gringo!

  1. Salut Anthony,
    Je prends le vélo en route grâce au « Bidon » (aucun rapport avec le vélo) qui m’a donné l’adresse du site.
    La semaine dernière, j’ai regardé la vidéo sur le Portugal et j’ai enchaîné avec l’Amérique du Sud. J’ai lu tous tes récits d’une traite tellement tes aventures tiennent en haleine !! On est vraiment accroché à ton voyage et à ces événements qui jalonnent ton parcours. On partage tes sentiments et émotions ; on rigole, on s’inquiète, on s’interroge, on se rassure… on est vraiment dedans (on ne souffre pas physiquement au moment des gamelles dans les descentes mais quand même tu nous as fait peur !! Tout ca pour un tour en ambulance !! Grand gamin va !! Et mets ton casque !).
    On se fait plaisir avec les photos qui sont superbes et les histoires humaines qui témoignent de la gentillesse et de la simplicité des gens .
    J’espérais avoir un nouvel épisode aujourd’hui, snif. C’est pas grave, on va revoir un coup les photos. Peut-être que le prochain épisode sera consacré à la randonnée pédestre de ce qu’Alexia a pu me dire.
    C’est vraiment bien de prendre le temps d’écrire et de nous en faire profiter.
    Continue ton beau parcours, on te suit à la trace.
    Cyril

    1. Salut Cyril,
      Je te remercie pour ton message qui m’encourage à continuer car sur la deuxième partie, il y a encore plus de choses que j’aimerais partager mais le temps file à toute vitesse. J’imagine que si tu attends les articles tu trouves ça n’avance pas bien vite mais en général, j’en écris un toutes les 2 ou 3 semaines avec un délai de 3 semaines/1 mois, le temps d’écrire, relire, trier les photos et surtout les envoyer (souvent le plus galère).
      La suite de mon voyage est sous le signe de l’engagement physique et je pense que tu vas encore plus apprécier les articles et photos à venir.
      J’ai plus trop le temps pour les vidéos, j’espère pouvoir en faire une dernière. Ensuite, il faudra attendre la fin de mon voyage pour découvrir mes plus belles prises de vue en Amérique du Sud. Heureusement, changement de décor, on sera sûrement assez actif en Asie du Sud-Est que nous sommes en train de préparer tout doucement. Du coup, je profite de l’expérience acquise pour faire quelques ajustements.

  2. Ah ouaaaaiii ! Là, c’est mieux là, là ça envoit du steack !
    Je suis presque triste de ne pas être à tes còtés !
    Les paysage sont magnifiques, et malgré les problèmes mécaniques le voyage a l’air plus agréable !
    A plus l’ami !

    1. Je savais que je pouvais te donner envie de voyager à vélo ;-). J’adore vraiment le Pérou : ses paysages et ses habitants. Je vais vraiment te donner envie d’aller y faire un tour prochainement, tu vas voir :).
      On prépare aussi l’Asie tout doucement et je pense que si ça te donnera aussi d’aller y pédaler avec Laura, on sera sûrement un peu plus relax même si c’est le goût de l’aventure qui nous guide :d.

    1. Salut Lydia,
      En plaine (moins de 1000 mètres d’altitude), il peut faire assez chaud (35°C) mais en altitude (au-delà de 4000 mètres), il vaut mieux bien se couvrir !
      Merci pour ton compliment, je trouve que mes photos sont de mieux en mieux au fil du voyage surtout ces derniers temps où il fait un grand ciel bleu et que les gens sont particulièrement authentiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *