Peru’s Great Divide

La route nommée « Peru’s Great Divide » est rendue célèbre par un couple de Britanniques (Neil & Harriet Pikes) qui ont créé le site Andesbybike. Il s’agit de suivre plus ou moins la ligne de séparation des eaux qui vont soit vers le Pacifique soit vers l’Atlantique. Cet itinéraire de près de 1400 kilomètres est connu pour être difficile et tous les cyclistes n’osent pas s’y aventurer. Il est découpé en quatre parties qui correspondent au croisement des principaux axes routiers.

Certains passages sont vraiment durs et il est conseillé d’y aller avec le vélo le plus léger possible, ce que je ne fais pas évidemment. Par manque d’anticipation et de connaissances, je ne me déleste pas d’une partie de mon matériel superflu pour ne garder que le strict minimum alors qu’il y avait pourtant des possibilités depuis Huaraz.

Acte 1 : la remise en question

Au départ de Conocha, on quitte la route entre Lima et Huaraz pour démarrer directement sur une piste.
Carlos m’héberge à Corpanqui et pendant qu’il essaye de vendre les chaussures qu’il a ramenées de Lima, les enfants s’amusent avec ma barbe et me confondent avec le père André, un curé italien qui est installé dans le village de 100 âmes depuis une vingtaine d’années. Pas d’image de ce moment mais ils sont deux à toucher ma barbe et me grimper dessus tandis que je suis assis tranquillement.

Cajamarquilla, crevaison, rayon pété, le village à l’air complétement mort et je me dis que je ne trouverai rien pour manger alors je termine ce qu’il me reste dans les sacoches : pain, thon, banane, smarties, chocolat. En repartant, je me trompe de chemin et au détour d’une habitation j’entends du bruit, c’est l’occasion de demander de l’eau. J’entre dans la construction sombre et aperçois des femmes en train de préparer à manger… Elles me proposent de l’eau chaude mais il fait 25°C alors je n’en veux pas, ça n’est que plus tard que je comprends qu’il s’agit de la boisson servie avec le repas. Finalement une dizaine de minutes plus tard, tout le village se presse pour chercher à manger. Chacun vient avec sa popote à remplir. Après un tel repas, la reprise est difficile car j’ai vraiment trop mangé, je ne suis pas très bien, je pousse mon vélo dans les parties les plus pentues et j’ai du mal à trouver mon rythme jusqu’à ce que j’ai suffisamment digéré.

Victoria, cuisinière de Cajamarquilla
Victoria, cuisinière de Cajamarquilla

Malgré ce faux-rythme du début de journée, je fais le forcing pour avancer et faire une grosse étape car je souhaite faire la maximum de l’itinéraire. Une immense descente me permet d’avaler les kilomètres même si je chute en tentant de prendre un raccourci. J’oublie parfois que mon vélo de voyage chargé n’est pas un VTT… Ce raccourci engendre également une triple crevaison et me retarde dans mon arrivée à Cañon où j’arrive de nuit et dors à la belle étoile. Le lendemain m’attend une grosse journée pour monter jusqu’à Cajatambo alors je m’endors rapidement pour être en forme mais c’était sans compter la pleine lune qui me réveillera au milieu de la nuit tellement elle brille fort.

Un petit morceau de la montée qui mène à Cajatambo
Un petit morceau de la montée qui mène à Cajatambo

Depuis le début, je suis les traces d’un couple de cyclistes dont la description varie de village en village. A la station essence de Conococha, je pense au couple de Polonais croisé dans le Parc de Huascaran mais à Llipa, on me décrit des Australiens dont l’homme a une barbe plus longue que la mienne. Je comprends alors qu’il s’agit de Wolfgang et Sabrina que j’ai également croisés dans le parc de Huascaran. Ils sont en réalité Autrichiens. Je passe 4 jours à poursuivre le groupe des échappés et ça n’est que dans la descente du col (après Cajatambo) que je les doublerai. Par hasard, j’avais pris le contact Facebook de Wolfgang et l’avais rajouté dans mes amis. Arrivé à Oyon, je lui envoie donc un message pour savoir où ils étaient et c’est en arrivant à Oyon qu’il m’a répondu. J’apprendrai plus tard qu’ils m’ont appelé dans la descente que je faisais de nuit alors que je pensais qu’il s’agissait de Péruviens qui voulaient discuter avec moi… La suite : on déjeune ensemble et un déjeuner entraîne un dîner puis une journée à vélo et puis deux à vélo… Ainsi de suite jusqu’à ?

Sur la première journée en groupe, j’ai du mal à l’allumage et je suis à la bourre alors qu’on avait prévu un départ à 7h00… Ils partent donc en avance et on se dit que je les rattraperai. Malheureusement dès le premier virage, je me trompe de route, je prends la piste de pierres qui monte en sortant du village au lieu de la route bétonnée qui descend, question d’habitude… Je ne les rattraperai pas avant la pause déjeuner et c’est surtout parce que Wolfgang n’est pas bien ce jour-là et moi non plus d’ailleurs. La montée jusqu’au col à 4961 mètres d’altitude est difficile et la qualité de la piste nous oblige à pousser nos vélos par moment. Ça faisait vraiment longtemps que je n’en avais pas chié autant. Mon vélo m’a rarement paru aussi lourd et à ce moment-là, je comprends qu’il va réellement falloir que je l’allège si je veux pouvoir poursuivre cet itinéraire. Dans la description de l’itinéraire, Neil et Harriet expliquent qu’ils n’ont jamais poussé sur la première partie…

Wolfgang dans le dur dans l'ascension de notre plus haut col à 4961 mètres d'altitude
Wolfgang dans le dur dans l’ascension de notre plus haut col à 4961 mètres d’altitude

Après une journée difficile, on prend le temps d’une journée plus cool avec une belle descente et une baignade dans les eaux thermales de Picoy/Huancahuasi. Cela fait du bien de se sentir propre même si quelques heures plus tard, on est à nouveau couverts de poussière.

Ça me fait beaucoup de bien de voyager avec eux car ça me sort de la solitude sans pour autant me priver de rencontres avec les locaux. Sabrina a été très impressionnante sur cette première journée ensemble, elle était beaucoup plus forme et de plus elle gère parfaitement l’organisation au sein de leur duo : orientation, définition des étapes, cuisine, photos, trouver les logements. Tandis que Wolfgang filtre l’eau… Les voir ensemble me donne surtout envie de faire pareil et même si je profite de mon séjour en Amérique du Sud, j’ai aussi hâte d’être en Asie pour vivre le voyage en duo.

Picoy : on mange chez Juana qui nous cuisine de la truite frite et qui prend plaisir à nous recevoir et nous raconter son histoire. Alors qu’elle espérait voyager aux Etats-Unis lorsqu’elle avait 15 ans, elle a dû rester au Pérou pour une question de signature manquante sur son extrait de naissance. Après cette désillusion, elle vécut une vie classique pour une femme de son village : mariage assez jeune et une succession d’enfants… Dans son récit, on sent les regrets d’une autre vie qu’elle aurait pu avoir. Elle se retrouve dans son petit village et sa maison de boue séchée alors que le cuy cours entre la table et le four à bois en attendant de se faire manger.

Juana au fourneau dans le village de Picoy
Juana au fourneau dans le village de Picoy

Amelia, une dame âgée qui tient une Bodega à Parquin, nous propose gracieusement une chambre pour la nuit. Elle est très sympathique.

Amelia dans le village de Parquin
Amelia dans le village de Parquin

L’ascension du col Paso Chucopampa est la plus difficile de la première partie, nous devons beaucoup pousser. On s’arrête discuter avec les éleveurs de moutons qui nous offrent du Coca-Cola, ce que l’on espérait plus revoir avant Marcapomacocha.

Service d'un ultime verre de Coca-Cola avant deux jours en autonomie
Service d’un ultime verre de Coca-Cola avant deux jours en autonomie

Je prends une grosse claque à nouveau à cause du poids de mon vélo. Je pensais pouvoir y arriver mais c’est très dur et pour ne pas renoncer à suivre l’itinéraire Peru’s Great Divide, je vais devoir prendre une journée pour envoyer mon matériel superflu afin de passer sur la deuxième partie. C’est dans ces moments-là que je me rends compte de ce qui est inutile…

De Parquin à Marcapomacocha, nous devons prendre des provisions pour plusieurs jours car nous ne trouverons plus de ravitaillement sur le chemin.  Sur cette portion, nous faisons également deux bivouacs dont un à 4700 mètres d’altitude où nous montons la tente au soleil couchant et le froid nous gèle les os. Le matin, il fera jusqu’à -11°C avant l’arrivée des premiers rayons du soleil… Malgré tout, la nuit dans la tente se sera bien passée.

On fait également un peu de stop sur un tronçon de piste trop fréquenté à notre goût et un camion nommé « Anthony » nous prend (forcément !). On charge les vélos sur les sacs de sucre et on gagne 400 mètres de dénivelé ! En quittant cette piste principale, on part sur un itinéraire beaucoup plus calme, on n’y croisera plus un seul véhicule et les paysages passant par de nombreux lacs seront parmi les plus beaux de ces derniers jours. Au final depuis Oyon, on enchaine les journées avec des ascensions de cols et plus de 1300 mètres de dénivelé à avaler d’une seule traite. Certains passages sont vraiment difficiles et chacun à notre tour nous connaissons des moments de faiblesse. Comme dirait Wolfgang : « sometimes the best are also the weakest ».

Groupe de cyclistes en stop dans le camion
Groupe de cyclistes en stop dans le camion

Au cours du parcours, les gens qui nous demandent où l’on va ne connaissent que rarement les villages qui jalonnent le parcours. Ils nous parlent toujours des grandes villes et ont du mal à comprendre que ce qui nous motive alors que c’est justement la tranquillité des pistes sans circulation, l’authenticité des villages traversés et les espaces sauvages. Surtout nous sommes récompensés régulièrement par la présence de lamas ou d’alpagas au passage des cols, en plus de paysages époustouflants ! On se régale à admirer les animaux et on aimerait bien voir un lama cracher mais aucun de nous n’ose se porter volontaire pour vérifier.

Lama
Lama

Arrivé à Marcapomacocha, on cherche un endroit pour dormir où l’on espérait trouver une connexion internet mais il faudra se contenter du Edge de mon cellulaire. C’est la fête du village alors des femmes préparent des repas et on sera invité à manger gracieusement et copieusement. Par contre, les hommes qui traînent dans les rues sont complétement bourrés et parfois un peu lourds.

Lorsqu’on finit la première partie de la Great Divide, on arrive sur la caratera central où la circulation y est importante. Nous n’avions plus l’habitude d’autant de traffic et des voitures qui roulent vite. Certes, on ne bouffe plus la poussière mais on se sent beaucoup moins en sécurité. Initialement, on avait décidé de rester à Casapalca une journée mais cette ville minière, tout en long (de la route) est glauque et ses habitants y sont aussi sympathiques que des balais à chiottes. On choisit donc de descendre un peu plus bas dans le village de Chicla, beaucoup plus sympathique. Malheureusement pour nous, ça sera notre hôtel le plus cher du Pérou (et sans internet…).

La loi de l’offre et de la demande

Sur une idée de Sabrina, on décide d’aller à La Oroya en bus pour envoyer une partie de notre équipement à Ayacucho, la grande ville à la fin de la fin du troisième tronçon de la Peru’s Great Divide. C’est pourquoi nous avions besoin d’une journée « off » sur la caratera central. Pour alléger mon vélo, c’est simple je ne prends que ce qui m’est indispensable : plus de sandales, seulement les vêtements de la journée et du soir, pas de pneu de rechange, plus de trépied et tête fluide, etc… Je me sépare de mon sac à dos et d’une partie de mon matériel photo. En faisant ça, j’arrive à supprimer les sacoches avant et en plus, du poids ainsi gagné ça sera surtout un réel confort dans le single track qui nous attend dans la deuxième partie.

Sur le papier, tout aurait dû bien se passer mais comme souvent ça ne se passe pas comme prévu. Arrivé à La Oroya, on apprend qu’il n’y a pas d’agence pour l’envoi de colis entre La Oroya et Ayacucho… Il y a bien un mec qui nous propose d’aller à Huancayo pour envoyer nos colis depuis là-bas mais il ne nous inspire clairement pas confiance. On s’entend donc pour que l’un de nous aille à Huancayo pour déposer les cartons à Cruz del Sur pour les envoyer jusqu’à Ayacucho. Je me porte volontaire pour y aller et ainsi laisser Wolfgang et Sabrina passer un peu de temps ensemble et se reposer. Sabrina commençait à accumuler de la fatigue malgré son impressionnant rythme de ces derniers jours.

Ce qui devait s’annoncer comme un voyage tranquille, s’est transformé véritable périple pour moi. D’abord parce que je ne suis pas habitué aux trajets en mini-bus et que deux heures dans un mini-bus blindé de monde qui enchaîne les ralentisseurs, ça commence à être long. Ensuite, parce que j’arrive à l’heure de la pause déjeuner de Cruz del Sur et que je dois attendre une heure avant de pouvoir enregistrer les colis pour  les expédier. Cette heure perdue me coûtera cher en fin de journée. Je file faire quelques courses pour Sabrina et Wolfgang dans un supermarché puis retourne prendre un mini-bus à destination de La Oroya. Là, surprise, le prix de la course a augmenté de 25% par rapport au matin car la demande est forte ! Arrivé à La Oroya, le mini-bus passe devant le terminal, où j’aurais dû prendre un autre véhicule pour Casapalca puis Chilca, sans s’arrêter car je ne l’avais pas précisé… D’autres passagers s’en rendent compte mais trop tard, on se retrouve à aller au centre ville et le conducteur nous dépose au terminal 30 minutes plus tard. C’est surtout trop tard pour prendre le dernier collectivo qui va à Casapalca qui est complet et que je ne peux que regarder partir. Je me retrouve comme un con au terminal de La Oroya à 19 heures passé où il règne un certain bordel. En effet, on est dimanche soir à la fin du week-end prolongé de la fête nationale (28 juillet) et il y a beaucoup plus de monde qu’habituellement qui voyage et pas plus de transport. Les gens font donc du stop sur l’avenue principale et les véhicules qui s’arrêtent en profitent pour pratiquer des prix bien au-dessus du marché. Je suis assez perdu au milieu de tout ça et surtout je commence à vraiment avoir froid car j’ai laissé mon pantalon et ma veste à Sabrina et Wolfgang en partant quand il faisait encore chaud… Après une bonne heure d’attente, je finis par monter in-extremiste dans un bus qui va à Lima et qui peut me déposer directement à Chilca. J’arrive à négocier un prix correct mais je n’arriverai qu’à 22h30 à l’hôtel.

Au total, j’aurais passé près de 8 heures dans les bus, soit plus que sur mon vélo pour une journée « off ». Heureusement en rentrant dans la chambre, je trouverai sur mon lit quelques fruits et friandises que m’ont achetés mes compagnons de route et ils se seront chargés de réparer ma chambre à air et ma veste !

Acte 2 : une nouvelle prespective

La deuxième partie est de loin, celle qui est la plus difficile selon les commentaires laissés sur Andesbybike.com !

Délesté de près de la moitié de mon équipement, je retrouve de nouvelles sensations et dès les premiers kilomètres de montée, je sens que je fatigue moins vite.

Quelques kilomètres avant Yuracmayo, Sabrina aperçoit un agneau dans la rivière, l’eau doit y être glacée et le pauvre agneau est complètement immobile jusqu’à ce que Sabrina le sorte de là. Après quelques essais sur mon porte-bagage, c’est Wolfgang qui le ramènera sur le sien jusqu’au village où nous le laissons entre les mains des habitants qui connaissent son propriétaire.

Transport d'agneau sur porte-bagage avant
Transport d’agneau sur porte-bagage avant

Victime d’un excès de confiance, je chute à nouveau dans une descente en sautant à l’aide d’un rocher. Malheureusement, j’ai mal équilibré mes sacoches et ça me déséquilibre. Je tombe une fois de plus du côté droit, mes blessures ont décidément bien du mal à cicatriser…

Depuis le début de la traversée, nous avons un très beau temps. Nous sommes en pleine saison sèche et mlagré les nuages qui font leur apparition durant l’après-midi, nous n’avons jamais de pluie. Les conditions en saison des pluies n’ont rien à voir et les cyclistes qui parcourent l’itinéraire à cette période font tous état de chemins particulièrement boueux où la boue colle aux pneus et à la transmission.

Le single track tant redouté est pour moi avant tout du plaisir car j’adore ces passages techniques et avec mon vélo allégé, j’ai presque l’impression d’être à VTT tandis que pour Sabrina c’est très dur mentalement car elle n’est pas à l’aise avec le dévers et les portages. Elle apréhendait beaucoup ce fameux passage tant commenté sur le site Andesbybike, au point qu’elle finit par craquer nerveusement. Depuis le temps qu’on roule ensemble, on commence à former une vraie équipe et c’est tout naturellement que je prends son vélo sur les portions difficiles. Arpès près d’une dizaine de jours ensemble, on commence à bien se connaître et on forme une bonne équipe dont Sabrina veut être aux commandes. On passe quasiment tout notre temps ensemble puisque sur la moitité des hébergements on partage aussi la même pièce. Il nous faut faire quelques fois preuve de compromis mais on passe indéniablement du bon temps ensemble.

Anthony roulant sur la portion "single track"
Anthony roulant sur la portion « single track »
Portage de vélo
Portage de vélo

L’arrivée à Vilca est grandiose, le village est pittoresque mais surtout  la rivière et la Bosque del Amor sont extraordinaires. Les couleurs de l’eau se mélangent à merveille avec la végétation et l’endroit inspire le calme.

Petit déjeuner au bord de la rivière
Petit déjeuner au bord de la rivière

Si je m’attendais à ne pas avoir de connexion internet pendant le trek, je ne m’attendais pas à ne pas en avoir tout au long de la Peru’s Great Divide. Sur la première partie, je n’ai eu une connexion Wifi que deux fois mais sur la deuxième partie, c’est encore plus compliqué car nous n’avons pas eu internet tout au long des 350 kilomètres. Une vraie cure pour un geek comme moi mais ça ne m’arrange pas à un mois du départ en Asie et j’enrage à l’idée de ne pas pouvoir donner plus souvent des nouvelles tout en sachant qu’il y en a une qui s’inquiète particulièrement pour moi.

A Huancaya, j’avais envisagé de continuer sans mes amis autrichiens et de les laisser se reposer une journée avant de poursuivre leur lune de miel. En effet, durant ces derniers jours, j’ai commencé à préparer mon séjour en Bolivie et je me rends compte qu’il faut que j’avance un peu plus vite pour avoir le temps de profiter du prochain pays. Finalement, malgré la beauté du río Cañete qui longe Huancaya, ce village touristique n’a pas vraiment d’intérêt car il semble avoir perdu son âme. Sabrina et Wolfgang ne veulent donc pas s’y arrêter plus longtemps et on décide donc de démarrer la route ensemble jusqu’à Laraos pour déjeuner. Pour rejoindre Laraos, on a une montée sur une route goudronnée de quelques kilomètres et c’est pour moi l’occasion de retrouver mon propre rythme et de lâcher mes amis. Dans cette montée, je ressens une fois de plus les bénéfices de voyager plus léger et je suis impressionné par mon rythme et surtout l’endurance gagnée.

Pédaler ou manger, il faut choisir

À Laraos, j’apprends qu’il n’y a toujours pas internet ce qui m’incite à continuer mais on m’explique aussi que les habitants préparent la fête du village et que le lendemain il y aura une fiesta de comida, autrement dit une fête autour de la gastronomie locale.  Wolfgang et Sabrina décident de s’y arrêter et d’y prendre enfin leur journée de repos. De mon côté, je suis assez indécis car je viens tout juste de projeter mon parcours jusqu’à la fin de la troisième partie de la Peru’s Great Divide et si je veux arriver au bout je dois continuer après le déjeuner. On déjeune ensemble et je prends le temps de la réflexion. Si je n’ai pas besoin de me reposer, je me rappelle que mon but ultime n’est pas de faire du vélo mais de découvrir la culture du pays et d’aller à la rencontre des habitants. Ma décision est prise, je laisse tomber la troisème partie de la Peru’s Great Divide et profite de la fête après avoir passé plusieurs villages où la fête s’annonçait ou venait de passer. De plus, les gens dans le village sont vraiment sympas avec nous, lorsque je cherchais un endroit pour déjeuner un homme m’explique que des femmes sont en train de préparer à manger et que le service sera gratuit.

La troisième partie de la Peru’s Great Divide est la plus courte des quatre, à peine 130 kilomètres qui se parcourent en un peu moins de trois jours mais elle a la particularité d’être la plus haute. Si le dénivelé est moins important, on évolue constamment à plus de 4200 mètres d’altitude en passant plusieurs cols qui avoisinent les 5000 mètres. De plus, le tracé passe par des chemins qui ne sont pas répertoriés sur les cartes Open Street Maps et cela accentue un peu le côté aventure du parcours.

Après déjeuner, on retourne sur la place du village et effectivement les gens font la queue pour manger. On nous incite aussi à faire la queue, ce que l’on fait sans rechigner. Cela inaugure pour nous le « second lunch » alors que j’avais pris l’habitude avec Wolfgang et Sabrina de faire un « second breakfast » sur les coups de 9h30-10h. Lorsque l’on rentre dans la salle, on se rend compte tout de suite que le service est expéditif. Les gens rentrent tous ensemble et ressortent tous ensemble, il n’est donc pas question de traîner pour manger d’autant plus que le repas est copieux. On commence par une petite assiette de « spaghettis bolognaises » et on enchaine avec un gros morceau d’Alpaca servi dans un bouillon, suivi du plat principal : riz, pommes de terre et viande et enfin un dessert : une compote de courge. L’ambiance est chaleureuse et la petite vieille à côté de moi, Monica, a apporté ses Tupperware. Elle ne mangera que l’entrée et le dessert, et stockera précieusement la soupe et le plat principal.

Wolfgang savourant de l'alpaga à Laraos
Wolfgang savourant de l’alpaga à Laraos
Monica qui emporte la nourriture dans une boîte
Monica qui emporte la nourriture dans une boîte

En attendant, l’orchestre prend place sur l’estrade en forme de sombrero et commence à jouer. En même temps, un drôle de ménage commence : un homme et une femme, représentants de la fête, distribue respectivement une bière ou un pain tandis que les gens accrochent des billets sur leurs costumes. On nous explique que c’est en reconnaissance de la nourriture distribuée, on se prête alors au jeu en accrochant également un petit billet.

Représentante de la fête à qui l'on accroche de l'argent
Représentante de la fête à qui l’on accroche de l’argent

La fete est aussi l’occasion pour les gens de danser jusqu’à tard dans la nuit. Après cette première journée de préparation à la fête, on attend avec impaticience la suite !

Danse sur la place du village de Laraos
Danse sur la place du village de Laraos

Malheureusement pour moi, la suite de la « fiera gastronomica » ne se passe pas très bien. Durant la nuit, je sens que je ne suis pas très bien, j’ai des nausées et je ressens des douleurs musculaires et articulaires. Toute la journée, je ne suis pas très bien et je ne mange presque rien tout en passant la majeure partie de la journée au lit. C’est dommmage car malgré la petite taille du concours gastronomique, on prend plaisir à contempler les plats préparés avant que le jury ne les goûte.
On rencontre Lili, une dame native du village, qui habite maintenant à Lima et qui est particulièrement sympathique avec nous. Elle fait partie des membres du jury et elle nous promet de nous inviter à déjeuner quand la distribution débutera. Ce qu’elle fait avec Sabrina & Wolfgang alors que je suis encore au lit en train de me reposer.

Vieilles dames dégustant des glaces à Laraos
Vieilles dames dégustant des glaces à Laraos

Une fin compliquée

Après cette pause à Laraos, nous savons que nous allons bientôt nous séparer sans savoir exactement quand. On part encore ensemble à l’ascension d’un nouveau col à plus de 4800 mètres avec un fort dénivelé au départ de Laraos. Je me sens mieux et dans la partie finale de la montée, je dépose mes compagnons de route qui galèrent un peu plus dans les forts pourcentages.

Dans la descente et arrivant dans la vallée, Sabrina exprime son souhait de rester camper ici au milieu des lamas tandis que je décide de continuer pour passer le col suivant dans l’objectif de gagner rapidement Huancavelica. C’est donc pour nous le moment de nous dire au revoir et de se souhaiter une bonne route après deux semaines à pédaler ensemble. J’ai pris beaucoup de plaisir à pédaler en leur compagnie mais je dispose de moins de temps qu’eux pour mon voyage et il est nécessaire que j’avance un peu plus chaque jour.
Je suis toujours en forme dans la montée suivante et j’atteins le col à une heure raisonnable, sauf que je me rends compte que j’ai perdu mon pantalon que j’avais posé (et oublié d’accrocher) sur une de mes sacoches. Je suis obligé de redescendre jusqu’à la moitié de la montée et c’est un coup dur car je comprends tout de suite que l’heure raisonnable pour planter la tente va se transformer en heure critique ! Histoire de gagner un peu de temps et d’énergie, je dépose quand même mes sacoches pour m’alléger dans la remontée. Heureusement, des lamas et des espèces de lapins sont là pour m’encourager dans la remontée.

Lapin à queue blanche
Lapin à queue blanche

Malgré tout, en me dépêchant, j’arrive à planter ma tente avant la tombée de la nuit et m’endors sans trop tarder. Par contre, durant la nuit, je suis à nouveau malade et cette fois-ci c’est plus fort qu’à Laraos, j’ai vraiment mal au ventre et envie de vomir. Toute la nuit, je me tourne et me retourne sans vraiment pouvoir dormir. J’ai froid et en même temps j’ai chaud. Le lendemain matin, c’est moins intense mais je suis complètement crevé et je ne me sens toujours pas bien. J’ai beaucoup de mal à repartir et je n’arrive pas à avaler quoique ce soit. En continuant mon chemin, j’avance au ralenti et la piste que je pensais plate enchaine les petites montées et descentes que je trouve alors difficiles. Je comprends rapidement que je ne vais pas pouvoir continuer comme ça plus longtemps et décide d’abandonner lors que j’arriverai au croisement de la route principale.
Au bout d’un moment, Wolfgang et Sabrina finissent évidememnt par me rattraper et m’accompagnent jusqu’à la station météo au bord de la route principale où nos chemins se séparent à nouveau. La route principale, c’est avant tout une piste et à entendre les gardiens de la station météo mes chances de trouver un véhicule sont réduites car il n’y passe pas grand monde.
Mon parcours de la Peru’s Great Divide s’avèche donc subitement et absolument pas comme je l’avais imaginé. Je reste donc assis comme un con au bord de la piste à espèrer qu’un véhicule passe et puisse me déposer quelque part.

Au final, je ne regretterai de la Peru’s Great Divide que de ne pas avoir eu le temps de la parcourir intégralement. J’avais envisagé ce parcours avant tout comme un défi physique en ayant l’intention d’en faire le maximum mais je me suis rapidement rendu compte que l’aventure est avant tout humaine marquée par les rencontres. L’accueil de la population et les paysages sont fantastiques et c’est avant tout cela que je retiendrai. Ce parcours m’aura aussi apporté de nouvelles perspectives dans le voyage à vélo. En emportant le minimum d’affaires, on peut beaucoup plus facilement passer sur les pistes et grimper les cols. Je commence à sérieusement envisager le « bikepacking » et pourquoi pas en fatbike…

5 thoughts on “Peru’s Great Divide

  1. Salut l’ami !!
    Vraiment pas mal cette expérience aussi. On sent que les paysages ont garndioses et que la route en elle-même est unique.
    D’ailleurs la cascade derrière toi sur la photo à côté de la rivière est magique. On dirait le seigneur des anneaux 🙂
    Le pauvre petit magneau !! J’ai eu trop peur, J’ai vu la photo sans lire le texte, et j’ai cru que tu allais le faire cuire au prochain arrêt…
    Bon les galères continuent encore…une chute, une indigestion…. il faut vraiment aimer le velo 🙂 Des fois j’ai quasiment envie de tenter l’aventure ciclotourisme aussi, et puis BAM…j’ai pas dormi, j’ai mal au bide, je me ramasse sur un rocher… 🙂
    C’était leur lune de miel aux autrichiens !!!?? et toi t’as passé je sais pas combien de jours avec eux 🙂 Moi tu me fais ça je te balance du haut des 4200m 🙂
    Bref…
    Bonne route l’ami et big up !!
    Jspr que ton bide va mieux !
    Tcho

    1. Merci pour ce commentaire, plein d’humour comme toujours. On avait bien cru qu’il y avait un problème 🙂
      C’est clair de ce parcours restera l’un de mes plus beaux souvenirs de voyage mais la Bolivie a aussi été riche en rencontres et en vues spectaculaires. J’ai pris du retard sur la rédaction des derniers articles sur l’Amérique du Sud (notamment) mais plus de chute promis !
      J’ai passé près de deux semaines avec Sabrina et Wolfgang qui voyageaient depuis 8 mois (pour 14 mois au total), je pense qu’ils avaient aussi envie de passer du temps avec d’autres personnes que tous les deux. Dans les moments un peu difficiles, je faisais aussi un peu tampon pour éviter qu’il y ait trop de tensions.
      J’ai mis un peu de temps à m’en remettre de ce mal de bide (prochain article) mais petit à petit j’ai retrouvé la caisse par la suite.

  2. Whaaa, impressionnant ce voyage Anthony ! Chapeau ! J’ai dévoré tes posts tout au long de ces mois. Merci de nous faire partager ces moments. Hâte de lire le récit de la seconde partie du voyage 🙂 Beau périple à vous deux !

  3. Beau « reportage » avec de belles photos
    Cela doit être assez difficile et technique
    Et encore des chutes …..
    Bon courage pour la fin et en avant pour l’Asie

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